01-07-09
Des ateliers pour tous
Les ateliers auront permis aux estivants et habitants de tous les âges :
- de se côtoyer et ce dans des lieux de culte ou de loisir, dans des lieux publics ou privés
- de travailler autour de l’image, du texte, de la danse, de la musique, etc.
- de travailler à l’émancipation/affirmation de leur projet personnel
- de confronter/mettre en lumière leur regard, leur geste vis à vis des autres
Et ainsi de s’enrichir, de s’affirmer et d’accéder à une réceptivité, une écoute précieuses.
A l’Ermitage, pour l’atelier « slam et handicap », des jeunes du centre de loisirs, des touristes, des vacanciers handicapés et les animateurs et bénévoles qui les accompagent ont partagé ensemble l’univers de Nevchehirlian, travaillé à des écrits collectifs et composé leurs propres textes : poèmes ou slam. Ce faisant ils ont partagé bien plus, sorte de formation continue pour l’encadrement des personnes handicapées, la semaine du festival a ouvert en grand les horizons culturels : à 1h30 du matin le vendredi, ils étaient encore là au premier rang de la salle à écouter et applaudir le concert…
Les textes issus de l’atelier, véhiculent une langue et une énergie exceptionnelles : un souffle de vie et d’intelligence dont on imagine mal au premier abord qu’elles en sont les auteurs : ces personnes, entravées et marquées physiquement du sceau de douleurs. On n’imagine pas, il faut un temps pour entendre, pour voir, qu’elles sont là, présentes au monde. Au delà des poèmes, des mots, Mens alors ! et l’Ermitage Jean Reboul choisissent vigoureusement de mettre en partage à la fois ces regards que nous portons immédiatement – gênés -, et ce regard qui change, s’échange – quand nous dansons ensemble surtout et qu’elles rient. C’est une aventure pleinement partagée.
Lors des « jam », « slam sessions » et « têtes à têtes », elles ont présenté leurs textes devant plus de 450 personnes et les ont « joués » avec des musiciens, des danseurs…
La « slam session » a été magnifique, variée et poétique. La parole prise par les personnes handicapées, brute et sans chichi fut une pure parole de poète, sans rien envier à Gherasim Luca ou Kurt Schwitters.
La « Visite discrète en chanson » avec Anne-Laure Poulain à l’EPHAD a offert aux personnes âgées dépendantes un grand moment de chaleur et de partage. Anne-Laure a chanté, avec eux… ils et elles ont chanté. Les familles se sont approchées. D’autres sont allés chercher la grand-mère. Les spectateurs se sont approchés sur la pointe des pieds. Puis, tous chantaient, ensemble, en douceur : un bonheur !
Autre exemple, « Ton festival ! » celui des enfants, qui ont pris part activement au festival en vivant une semaine inoubliable avec des danses, des jeux avec leurs parents, des reportages, des embuscades, des concerts et lectures spécialement créés pour eux. La « Roue » (Jam avec tirage au sort) a mis en jeu 20 musiciens et danseurs qui ne se connaissaient pas avec une concentration redoutable.
Dans « Re-connaissance / le jeu », la plasticienne a entraîné 6 spectateurs à photographier et réaliser un rumik’s cube de leur création, permettant sans « transformer » de re-composer à loisir (par fragments) leur image. Cette image composite
Le « Coaching de star » a été vite complet et s’est assorti de séances supplémentaires pour mener à la création notamment d’une vidéo d’une grande force : une personne handicapée s’exprime en disant « je suis Saddam Hussein » ; sans oublier « Mens rock, où sont les filles » de Pablo, jeune garçon qui est allé jusqu’à faire « spliter » son groupe pour ce projet. Ce coaching aura permis à d’autres encore de se livrer dans un en-jeu très intime et de dépasser les limites de leur pratique artistique.
Le Kararocké a enfin comblé les musiciens, les chanteurs et le public. Réunis en plein air, devant la salle des Sagnes, un combo rock puissant développait les riffs ravageurs de grands tubes (Rolling stones, clash, nirvana…) quand les chanteurs (jusqu’à 4 sur le même morceau) empoignaient le micro et sidéraient la foule par leur énergie résolument rock !
Le lien c’est donc déjà ces CONNEXIONS entre des individus d’origine, de culture et de style différents. C’est aussi le jaillissement et le partage d’un propos singulier s’intégrant au collectif. Seulement le geste, la gêne, le talent prennent des visages très différents. Les finesses et subtilités du propos pâtissent parfois d’un manque de technique ou d’une euphorie par (trop ?) sonore. Cette vision « à plat » est nuancée dès que nous voyons la scène avec recul : des amateurs éblouissants de désir et de plaisir. Une « mêlée », une « fête », un « anti-carnaval » où les masques tombés, les uns et les autres avancent joyeusement à visage découvert.
Les gestes se frottent, se reçoivent en pleine figure : les artistes et les publics font un instant SOCIETE. Ça bout. Ça trépigne. Ça épate. Et finalement la solitude et le choix de chacun apparaissent clairement comme des espaces à vivre, à créer, à EXISTER. Quelle ode à la vie, à l’art !
Mais le lien, c’est aussi le FAIT de plonger dans un concert hors norme, de découvrir aimer, d’aimer découvrir. Sans être plongés dans le noir, sans être assis dans un gradin de théâtre… on est là face au spectacle (à 35 dans un salon, à 600 dans un jardin, à 138 sur un chemin), on est là face à face les uns des autres à se voir aimer découvrir. Et que ce moment se produise à l’église puis au temple, dans un local commercial bien connu des habitants, en compagnie de personnes handicapées dansant hilares… voilà la preuve ! Pour être partagés, de si près, de tous les côtés, dans des espaces aménagés de presque rien, ces moments existent et nous font exister.
Aimer un spectacle sur Brassens, prendre du plaisir à danser, écouter Stravinsky et le conte du soldat, ne sont ni plus ni moins forts et légitimes que l’EMOTION dans laquelle nous plongent les improvisations obscures et si lumineuses de Pauvros ou Agnel, les cris de Combi, les chassés croisés tendres de Deborah Walker et Greg Gilg.
L’éthique du projet et son soucis du lien social se sont affirmés à travers :
- l’engagement appuyé des artistes pour « échanger et créer »,
- la structuration des partenariats sociaux-culturels (publics handicapés, pensionnaires de la maison de retraite, jeunes et enfants),
- le développement d’ateliers permettant de s’inscrire une heure comme une semaine entière dans une activité artistique et culturelle
- l’implication des habitants, hébergeurs, partenaires et bénévoles locaux
- le renforcement de liens entre les artistes, entre les ateliers
- le partage de la pensée, des souvenirs, de la parole de personnes handicapées ou des anciens avec la population festivalière, en les mettant en jeu dans une invention littéraire ou musicale
- le « faire danser, écrire, chanter et jouer » à des débutants, des amateurs, avec des professionnels
- le « faire ressentir » la beauté d’un art brut ou naïf aux côtés d’un art virtuose
Ainsi Mens alors ! a-t-il gagné de nouveaux territoires, trouvé un nouveau souffle, conquis de nouveaux publics.
Ainsi un espace de rassemblement, d’échange, un espace cohérent où la création puisse s’épanouir a été re-créé.
Derrière ces faits, il y a un travail, un processus. Il y a une équipe, une méthode, il y a des moyens mutualisés et soutenus par nos partenaires. Le financement des collectivités bien sûr (mairie, département et région), mais aussi le financement des société civiles ADAMI et SPEDIDAM qui soutiennent directement l’embauche des artistes impliqués dans le festival. Enfin, il y a la Fondation de France, venue compléter celui du Conseil général, et qui a permis d’assurer le développement du volet « Culture et lien social » et d’asseoir l’originalité et la qualité du festival.
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